La réforme des retraites : une exigence du XXIème siècle
Les arguments sont innombrables pour mettre la France face à ses obligations, et la faire répondre aux exigences du XXIème siècle est inévitablement le premier d'entre eux.
La réforme de notre système de retraites est indispensable pour pérenniser notre modèle social mais également la solidarité inter-générationnelle à laquelle chaque citoyen contribue. L'évolution de notre démographie et la nécessité de protéger notre système par répartition, qui est le gage d'une retraire pour tous les Français, rend l'échéance d'une réforme ambitieuse impossible à retarder.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : si rien n'est fait, une retraite sur six ne sera pas financée d'ici 2030. Aujourd'hui déjà, une retraite sur dix est reversée grâce au creusement inéluctable de notre déficit. Il ne s'agit ni d'une dramatisation excessive, ni d'une volonté de mettre à bas un système trop coûteux, car au contraire, il est de l'intérêt de tous de pérenniser un système qui permet à tous les français de bénéficier d'une retraite, quel que soit leurs revenus.
Réformer notre système de retraites, cela ne doit nullement signifier mettre à bas les principes qui en sont à l'origine. Ces principes, tout décideur politique doit les garder à l'esprit, car ils sont le reflet de notre pacte républicain. A cet égard, la sauvegarde d'un système par répartition est indispensable. Il s'agit, à l'inverse du système par capitalisation, d'un fonctionnement dont le fondement se situe au niveau de la solidarité inter-générationnelle, où les pensions de retraite actuelles sont financées par les cotisations basées sur les revenus professionnels des travailleurs actuels.
Ainsi, trois principes absolus régissent actuellement notre système de retraite, et ceux-ci doivent être maintenus :
-La responsabilité. Il revient aux travailleurs actuels de financer les pensions des retraités actuels. Par conséquent, une réforme de ce système doit s'assurer que dans la durée, les besoins de financement de nos retraites seront couverts. Etant donnée l'ampleur de nos déficits, il est illusoire de s'arc-bouter sur un maintien de la durée légale de départ à 60 ans. Ne nous illusionnons pas en pensant que la sauvegarde des acquis sociaux est synonyme de lutte contre les inégalités. Du fait de l'allongement de la durée de la vie, reconsidérer l'âge de départ à la retraite ne signifierait en rien un recul social : avec un âge de départ à 62 ans, la durée de retraite est au moins supérieure de trois ans par rapport à ce qu'elle était en 1980.
-L'équité. Il serait incompréhensible que les citoyens français soient différenciés dans leur traitement selon la nature publique ou privée de leur employeur. Il n'y a absolument aucune raison que le taux de cotisation des fonctionnaires soit moins élevé que celui des salariés du privé, car les efforts consentis par les Français pour sauvegarder leur système de retraite doivent être également répartis. Le personnel politique, également, ne pourra être exempté d'efforts. Cela signifie également l'égalité des entreprises devant l'impôt.
-La justice. En l'état d'avancement de nos sociétés, il n'est plus concevable que la pénibilité ne soit pas prise en compte, de même que l'âge auquel un individu entre dans la vie active, ou encore la couverture des aléas de la vie dont personne n'est à l'abri (chômage, temps partiel). Le dispositif « carrières longues » fut à cet égard une avancée considérable dont nous ne devons pas oublier les effets bénéfiques puisque plus de 100 000 personnes par an en ont bénéficié. Et, en adéquation avec le principe d'équité, il est de bon augure que les personnes ayant des revenus plus élevés voient leur contribution réévaluée en fonction de ces moyens supplémentaires.
En cinquante ans, le temps passé à la retraite a doublé du fait de l'allongement de la durée de la vie, de même que les mesures d'avancement du départ à la retraite. Depuis 1982 (date de l'abaissement de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans), l'espérance de vie a progressé de 6,3 ans en moyenne en France. Alors qu'un homme passait en moyenne dix ans à la retraite en 1960, cette durée s'est allongée à 22 ans en 2010. Dans le même temps, le rapport actif-retraités a été divisé par deux, passant de 4 actifs pour un retraité à 1,8.
Tous ces chiffres, bien qu'ils ne soient que des moyennes et ne prennent pas en compte les difficultés de beaucoup de nos concitoyens, confessent sans ambage la possibilité que nous avons de maintenir sur pied notre système par répartition, si la France se donne les moyens d'une réforme courageuse. La crise économique, dont la France commence tout juste à voir le bout, est venue ébranler encore une fois un édifice à l'équilibre déjà précaire (les déficits prévus en 2030 sont aujourd'hui ceux de 2010), mais renforce par là même l'impérieuse nécessité d'une réforme juste et ambitieuse.
A bien des égards, le projet défendu par le gouvernement répond plus ou moins à ces interrogations.
Maintenir l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans relève d'un conservatisme démagogique et égocentrique puisque face à la crise et ses conséquences, la France ne peut prétendre être une exception en Europe, sauf à compromettre dangeureusement sa compétitivité.
Malgré le poids des plans de relance sur notre budget, nous n'avons aucune assurance concernant la croissance de notre économie dans les prochaines années car trop peu nombreux sont les indicateurs qui peuvent nous permettre de prédire avec certitude qu'elle sera élevée et équilibrée. Mais l'incertitude ne saurait être un prétexte à une réforme molle ou peu ambitieuse, qui ferait l'impasse sur les grandes nécessités auxquelles une démocratie moderne comme la nôtre se doit de répondre.